Comment fabriquer un handpan? (étape-par-étape)

 

Étant passionné de handpan, je me suis souvent demandé comment était fabriqué cet instrument. Par quels prodiges est-ce qu'une simple tôle d'acier peut être amenée à produire un son aussi riche ? Quelles sont les étapes de fabrication d'un handpan du début à la fin ?

 

J'ai donc entrepris d'aller rendre visite à plusieurs artisans qui façonnent le handpan afin d'apprendre les rudiments de son processus de fabrication. Cet article a pour but d'éveiller la curiosité de ceux et celles qui se sont découvert une passion pour le handpan. C'est parti !

 

 

Première étape : Au début, le handpan n'est rien d'autre qu'une plaque d'acier carrée d'une épaisseur de 1 à 1,2 millimètres. L'acier est un alliage constitué de fer et de carbone qui est plus ou moins malléable en fonction de sa concentration en carbone. Étonnement, le handpan n'exige pas qu'on utilise un acier très raffiné. Au contraire, le matériau dont sont faits la plupart des handpans d'aujourd'hui s'apparente à celui d'une simple bouche d'égouts! Mais il est vrai que depuis quelques années, certains handpans sont également façonnés à partir d'acier inoxydable.

 

Deuxième étape : Former la tôle, c'est-à-dire, créer la forme bombée de l'instrument. Plusieurs méthodes sont envisageables pour cette étape. La plus élémentaire, mais celle qui représente le plus de travail, consiste à marteler la tôle à la main. Oui... à la main. Cela représente des milliers de coups de marteau. Heureusement, l'utilisation de marteaux pneumatiques facilite considérablement la tâche même si ça reste très éprouvant physiquement. Certains artisans innovants ont développé des machines inventives permettant de former la courbe du handpan sans se détruire le dos, dont Kyle Cox de chez Pantheon Steel et Colin Foulke

 

 

Troisième étape : Découper l'acier qui dépasse autour du dôme puis nitrurer la coque. La « nitruration » (en plus d'être un mot compliqué) est un traitement chimique qui durcie la tôle d'acier et qui la protège de la rouille en modifiant ses propriétés physiques. D'un point de vue logistique, cette étape sous-traitée par un tiers industriel peut prendre plusieurs semaines. Ainsi, c'est une variable importante à prendre en compte dans le cycle de production du handpan. Les instruments fabriqués à partir d'acier inoxydable n'ont quant à eux pas besoin d'être nitrurés (ni ceux qui disposent d'un revêtement de type laque epoxy). 

 

 

Quatrième étape : Il est venu le temps de choisir la gamme et les notes du handpan. En tant que repères, l'artisan marque au feutre ou au crayon la position des notes à l'intérieur de la coque supérieure de l'instrument. Certains fabricants utilisent des patrons aimantés, légèrement ovales, qui représentent la taille de chaque note, d'autres le font directement à la main. La note la plus grave est placée en plein centre. 7 ou 8 notes sont réparties en zig-zag tout autour. On obtient le creux des notes soit au marteau soit en utilisant une presse (la note d'un handpan peut être creusée vers le haut dite « apex » ou vers le bas dite « inpex » ). 

 

 

 

Cinquième étape : Avant l'accordage, il faudra conditionner la coque du handpan afin de pouvoir l'accorder sans risquer de la casser. À ce stade, on commence à distinguer les formes du handpan mais l'instrument ne produit encore aucun son. La tôle du handpan doit être assez rigide pour résister aux coups de marteau tout en restant assez malléable pour être re-travaillée. Le conditionnement de la coque du handpan pré-accordage est loin d'être standardisée parmi les fabricants mais n'en reste pas moins la clé de voute d'un instrument de qualité. Chaque artisan aura perfectionné sa propre technique pour atteindre cet équilibre délicat. Pour certains, il s'agit de compresser la zone autour de chaque note. Pour d'autres, il s'agit d'effectuer un traitement thermique au fourneau.

 

 

Sixième étape : Il est temps d'accorder l'instrument. Il est question non seulement de plusieurs heures de travail mais de mois (si ce n'est d'années) de préparation en amont. Pas de raccourcis possibles dans la création de handpans de qualité. Pour accorder une note, l'artisan martèle méticuleusement la zone autour de chaque petit creux (tantôt part le dessus tantôt part le dessous) jusqu'à l'obtention de la note souhaitée. Deux harmoniques situées le long des axes perpendiculaires qui traversent la note. Celles-ci devront aussi être accordées sans affecter la note fondamentale. Et c'est l'existence même de ces harmoniques qui fait du handpan un instrument magique puisque lorsqu'on joue une note, on en active trois à la fois. L'accordage peut être effectué à l'oreille ou à l'aide d'un accordeur stroboscopique dont il existe désormais des versions électronique, comme Linotune. Le handpan est accordé comme un piano, non pas parfaitement mais plutôt de manière à ce que l'instrument soit cohérent à lui même. Peu sont ceux qui maîtrisent cet art.

 

 

Septième étape : En collant la coque supérieure (celle qui est accordée) à la coque inférieure, on obtient l'objet qu'est le handpan. La coque du bas est fabriquée en suivant les mêmes étapes 1 à 3 et en y faisant un trou qui deviendra l'ouverture au dessous du handpan. En fonction du volume d'air à l'intérieur du handpan et la taille du trou on obtient une note (comme quand on souffle dans une bouteille à moitié vide). C'est ce qu'on appelle le « helmholtz » . Cette note de très basse fréquence, lorsqu'elle est accordée à la gamme du handpan, procure une expérience de jeu encore plus forte. Certains fabricants choisissent de mettre des notes sur la coque inférieure du handpan (en répétant les étapes 4 à 6). Cette pratique élargit le potentiel mélodique du handpan mais peut introduire des interférences indésirables (voir Les critères de qualité d'un handpan).

 

Huitième étape : Le handpan devra être ré-accordé successivement pour stabiliser ses notes. Entre chaque accordage, un temps de repos d'une période allant de quelques jours à une semaine est nécessaire. Tout comme un élastique en caoutchouc qui reprend sa forme, le métal se souvient de sa structure d'origine et y retourne inévitablement. Ainsi, c'est grace à plusieurs ré-accordages que la tension des notes se fige et que l'instrument devient stable.

 

Neuvième étape : Il ne reste plus qu'à soigner l'aspect esthétique de l'instrument. Ces finitions peuvent consister à enlever la colle qui dépasse des bords, poncer les rebords qui sont encore coupants ou habiller l'instrument d'un cercle en caoutchouc. En fonction du look souhaité, il est possible de polir la surface du handpan ou de le laisser comme tel, c'est-à-dire matte. Bref, ce n'est qu'à la fin du processus de fabrication que ce révèle le paradoxe du handpan : un instrument pourtant si doux façonné par la force. 

 

 

J'ai le plaisir et le privilège de travailler en collaboration avec plusieurs fabricants sérieux et complètement dédiés à cet art, et je vous propose en toute sécurité un achat en ligne de gammes majeures, mineures et typées à partir de 999 €. Cliquez ici pour consulter les gammes disponibles

 

Un grand merci à Sean Beever de chez Symphonic Steel qui a eu la gentillesse de m'accueillir dans son atelier et de me montrer comment on fabrique un handpan (regardez le mini-reportage de ma visite ici).

 

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